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Bologne sera toujours Bologne

Le CRILJ n’y était pas, mais Lucie Cauwe, fidèle parmi les fidèles, nous confie les bonnes feuilles de son séjour italien à la soixante-troisième Foire du livre pour enfants de Bologne. Grand merci à elle.

. Lundi 13 avril 2026

    Première heure du premier jour de la Foire du livre pour enfants de Bologne, tout le monde s’embrasse, tout le monde s’enlace, tout le monde se saute dans les bras. Les retrouvailles à la Bologna Children’s Bookfair sont un incontournable de la littérature de jeunesse. Même si les éditeurs du monde entier sont en contact par téléphone et par internet tout au long de l’année.

    Annoncée à 10 heures 30, la cérémonie d’ouverture commence à 10 heures 56, sous la présidence chaleureuse d’Elena Pasoli, la directrice de l’événement annuel, qui en est à sa soixante-troisième édition et s’avère de plus en plus  internationale depuis la fin de la pandémie de Covid. Environ 1500 éditeurs de quasi cent pays, 20 expositions importantes, 500 événements en trois jours. Il faut des jambes et de la résistance pour parcourir les immenses halls, patrouillés discrètement par la Polizia et des agents de sécurité privée.

    Chacun des intervenants a salué la pouvoir de l’imagination, surtout en ces moments de tensions internationales, a rappelé l’importance du respect des droits humains, de la solidarité, de la paix et de l’engagement. Le slogan de l’année est Together we are better. Certains ajoutent Together we are stronger.

    À 11 heures 48, la Foire de Bologne est officiellement déclarée ouverte. Rappelons que la Norvège en est le pays invité d’honneur.

    L’après-midi a lieu la traditionnelle conférence de l’IBBY, rappelant les événements de l’année et ponctuée par l’annonce des lauréats des prix Hans Christian Andersen. Choisis depuis janvier, ils n’ont souffert d’aucune fuite. On connaissait les finalistes et la composition du jury, uniquement féminin pour cette édition Voici les lauréats.

    En catégorie auteur, c’est le Britannique Michael Rosen qui a été choisi. Peu traduit en français alors qu’il a deux cents livres à son actif. L’écrivain était annoncé en Italie, comme invité de la Foire, mais il n’y est pas arrivé, arrêté à son départ d’un aéroport britannique et refoulé car son passeport n’avait plus une validité de six mois. Encore un coup du Brexit ! En catégorie illustrateur, c’est l’artiste chinoise Cai Gao qui est lauréate. On ne connaît hélas pas en français son travail où elle intègre l’illustration chinoise classique dans une version contemporaine. Bravo à eux.

. Mardi 14 avril 2026

    À la foire de Bologne, il faut de bonnes chaussures car on marche des kilomètres dans les différents pavillons vitrés qui abritent les centaines d’exposants, les nombreuses expositions et les lieux de rencontres et de discussions. Un parapluie n’est pas superflu cette année pour rejoindre la Foire et passer d’un pavillon à un autre. Pour une fois, il pleut durant cette gigantesque manifestation dédiée à la littérature de jeunesse de À à Z, de l’auteur et/ou illustrateur, en passant par l’éditeur, l’agent, le traducteur et l’imprimeur. À ses produits dérivés aussi, de plus en plus nombreux, que ce soient des dessins animés, des applications, des jeux en trois dimensions. Même si le message général de la foire demeure le soutien à la création et à l’imagination, on sent bien qu’il faut vendre. Et que certains réinventent tout pour vendre.

    Bien sûr, il y a des moments de grâce, comme la découverte de Samy Ramos, lauréate d’un des Bologna Ragazzi Awards, en train de signer tout sourire.

    Ou la découverte des BRAW Outstanding Books virevoltant au bout de leurs ficelles.

    Ou la rencontre inopinée avec Rita Marshall de l’excellente maison américaine The Creative Company, revenue à Bologne après douze ans et qui craint ne pas y revenir avant douze ans. Pendant quelques minutes, l’âme de son défunt mari, le merveilleux auteur-illustrateur Étienne Delessert a plané sur nous.

    Cette année, des protections auditives n’étaient pas inutiles tant l’annonce de certains prix étaient sonores. À croire que Kevin De Bruyne avait marqué un goal en finale de la Coupe du monde de foot. Tout comme les lunettes solaires tant certains stands brillent de mille feux. Comme toujours, le pire côtoie le meilleur, parfois côte à côte. Côté odorat, on est davantage gâté avec les arômes de café qui flottent ici et là. Ou de pizzas. Ou même de plats asiatiques quand on se promène dans le coins des imprimeurs chinois.

    Dans les allées de stands italiens, c’est la grande foule. Et il devient difficile d’apercevoir les livres sur les tables. Non seulement des auteurs et des illustrateurs dédicacent leurs livres, mais là, et pour ceci comme partout ailleurs dans la foire, les illustrateurs viennent présenter leur travail. Carton de dessins sous le bras ou tablette en main. Ils font la queue un peu partout, rappelant le Bologne du tournant du siècle. Et, au fil des ans, la Foire de Bologne leur alloue de plus en plus de place. Bien sûr, il y a la traditionnelle exposition des illustrateurs, mais aussi des rencontres, des master class données par des maîtres du genre et des murs à envahir. Sans oublier les écoles dédiées à l’illustration qui occupent de nombreux stands.

    Le deuxième jour de la Foire du livre pour enfants de Bologne est aussi celui où est décerné le prix Astrid Lindgren, récompense annuelle qui va à un auteur, un illustrateur ou un outil de promotion de la lecture. Il a été créé en 2002 à la mort de l’écrivaine suédoise et il est généreusement doté : 5 millions de couronnes suédoises, soit 464.000 euros.

    L’excellent choix des jurés 2026 s’est porté sur l’artiste canadien Jon Klassen. Il a été choisi entre 263 candidats provenant de 74 pays. Il perpétue en effet merveilleusement l’esprit d’Astrid Lindgren, qui a toujours encouragé et célébré l’imagination, le courage et l’empathie. Jon Klassen a le talent de traiter les questions existentielles avec astuce et humour, bousculant gentiment ses lecteurs. Motivation du jury : « À travers sa narration subtile et évocatrice en mots et en images, Jon Klassen ouvre de nouvelles perspectives sur notre place dans l’univers. Que se passe-t-il lorsqu’un rocher tombe du ciel, lorsque les chapeaux disparaissent ou qu’un crâne commence à vivre sa propre vie ? Avec précision, émotion et esprit inventif, les défis de l’incertitude et de l’espoir de la vie sont dépeints dans une interaction de couleur et de forme. Les contes brillants de Jon Klassen se démarquent par leur élégance sans effort et leur profondeur ambiguë, où le lecteur devient un co-créateur. »

    C’est aussi dans cette exposition que se trouve le ou la lauréate du prix Fundacion SM. Une récompense qui existe depuis 2010 et a déjà boosté quinze jeunes illustrateurs de trois continents. En effet, le prix espagnol offre la publication d’un livre et une exposition à la Foire de Bologne suivante. La seizième édition du prix Fundacion SM va cette année à l’Italienne Margaux Romano.

. Mercredi 15 avril 2026

    La ville de Bologne est aussi magnifique que pleine de travaux. Qu’il s’agisse de restaurer palais anciens, églises ou autres merveilles historiques ou d’y installer un tram jugé indispensable mais dont les travaux transforment la ville en gruyère. La capitale de l’Emilie-Romagne s’arpente facilement à pied, sur d’agréables trottoirs sous colonnades parfois illustrées de fresques. Il y a aussi un impressionnant système de transports en commun par bus. Certaines lignes ont des fréquences de machine, d’autres, dont le fameux bus 28, l’unique qui mène à la Foire du livre pour enfants, en extérieur de ville, depuis le centre et le quartier universitaire, beaucoup moins. Le pratiquant depuis plusieurs années, je peux en témoigner. Il n’est pas rare de l’attendre 20 minutes, de le voir arriver et snober l’arrêt parce que bondé. On imaginerait un renforcement des fréquences en période de Fiera del libro per ragazzi, mais non. Ce mercredi, c’est le pompon : 50 minutes d’attente à l’aller, 30 au retour. Pour voyager serrés comme des sardines. La veille, le bus était tombé en panne, heureusement pas loin de l’entrée de la Foire. Malheureusement, il pleuvait. C’est dire s’il est difficile de suivre un agenda en Italie.

    Ce troisième jour de foire se révèle toujours très animé. Des centaines d’illustrateurs et d’illustratrices parcourent les cimaises, dessinent sur les murs dédiés, laissent leurs coordonnées avec l’espoir un peu fou d’être remarqués. Qui a envie d’examiner les milliers de papiers collés en quelques heures ?  Les réseaux sociaux servent souvent maintenant de meilleures cartes de visite.

    Par contre, l’exposition des illustrateurs, largement déployée et fort bien scénographiée cette année, est toujours très visitée par les professionnels comme par les étudiants et les artistes. Créé en 1967, elle célèbre sa soixantième édition et donne toujours lieu à un très beau catalogue. Il est illustré en alternance par le lauréat illustration du prix Andersen – ce sera Cai Gao en 2027, et le lauréat du Grand Prix de la Biennale d’illustration de Bratislava (BIB Bienále ilustrácií Bratislava). En l’occurrence, la lauréate de la BIB 2025, l’artiste iranienne Noushin Sadeghian. Annoncée en Italie, elle n’a finalement pas pu quitter son pays pour la rencontre à laquelle elle devait participer.

    C’est aussi dans cette exposition que se trouve le ou la lauréate du prix Fundacion SM. Une récompense qui existe depuis 2010 et a déjà boosté quinze jeunes illustrateurs de trois continents. En effet, le prix espagnol offre la publication d’un livre et une exposition à la Foire de Bologne suivante. La seizième édition du prix Fundacion SM va cette année à l’Italienne Margaux Romano.

    La Foire de Bologne, ce sont aussi d’autres expositions, d’autres rencontres, d’autres découvertes, dont je rendrai compte, sur mon blog, à mon retour.

photos : Lucie Cauwe

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Lucie Cauwe fut journaliste au Soir, le grand quotidien généraliste belge en langue française,  journal qui se veut progressiste et indépendant, « contrepouvoir en phase avec la société ». Se qualifiant de « journaliste à double casquette, littérature jeunesse et vieillesse », elle retrace ainsi son parcours : « Dès mes études de journalisme, je me suis intéressée à la littérature de jeunesse. C’était le moment où s’ouvraient en Belgique les premières librairies pour enfants. J’ai même rédigé un des premiers mémoires sur le sujet, De l’enfant au livre, du livre à l’enfant. C’était en 1980. J’ai été engagée au quotidien bruxellois Le Soir en 1982. Petit à petit, j’y ai fait admettre l’idée d’une rubrique régulière sur la littérature de jeunesse. » Lucie Cauwe a publié, à l’école des loisirs, dans la collection « Mon auteur préféré », Ponti Foulbazar (2006), Le monde de Kitty Crowther (2007), Le monde de Mario Ramos (2011), Yvan Pommaux (2014). Le blog de Lucie Cauwe est ici.